À l’époque de Champagneur

Dans Bulletin d'information par Wilfrid Bernier c.s.v. le 06/04/2017

À l’arrivée des Clercs de Saint-Viateur à l’Industrie, en 1847, ceux-ci se virent attribuer des terrains par Monsieur Barthélemy Joliette, à condition de faire œuvre d’éducation. Recevoir des terres est important, mais pour vivre il faut aussi de l’argent liquide.

ArchivesDeux ans après ce don, la paroisse lotit, au nom de la fabrique, les terrains entourant la rue Manseau afin de tirer profit de la situation.

Au début des années 1850, le Père Champagneur lotit à son tour, au nom du Noviciat Saint-Viateur les terrains de la rue Saint-Louis.

Les gens se rendent auprès des grands propriétaires terriens afin d’obtenir un lot bien enregistré à leur nom, mais en retour, ils s’engagent à payer chaque année une somme d’argent afin de conserver leur nouveau bien. C’est ce qu’on appelle les constituas. Le grand propriétaire reprend son bien si l’argent ne rentre pas.

Voilà que le 29 septembre 1854, un Monsieur du nom de Joseph Beauchamp, qui se dit médecin, demande un constitut au Père Étienne Champagneur. Il obtient le Constitua N’… soit une place de 4 perches de large sur 4 perches de profondeur à raison de 6 piastres le constitut payable tous les ans à la Saint-Michel (29 septembre).

En 1855, le Père Champagneur mentionne que le Docteur Joseph Beauchamp respecte son contrat en payant sa location. Mais dès l’année suivante, notre bon docteur oublie de payer son constitut.

On peut penser que ses clients se montrent réticents à payer les soins qu’ils reçoivent de lui. Ses clients oubliant de le payer, Monsieur Beauchamp applique la même médecine envers son grand propriétaire le Père Champagneur.

Mais en bon médecin, Monsieur Joseph Beauchamp, soigne souvent et gratuitement, peut-on supposer, les novices malades avec des tisanes de rouissage (opération permettant l’isolement des fibres textiles des tiges du lin, du chanvre, en les maintenant dans de l’eau afin de produire la fermentation) et des onguents de sa composition.

On comprend pourquoi les gens ne prononcent pas le véritable nom du médecin, mais le surnomme le Docteur Décopeaux. (Copeau : parcelle de bois qu’on enlève avec un instrument tranchant. Vin de copeaux, vin clarifié avec des copeaux).

Le Père Champagneur ajoute que si les remèdes ne sont pas toujours efficaces, ils ne sont pas nécessairement pernicieux.

Le Docteur Beauchamp décède en décembre 1861, une semaine avant le Nouvel An. En préparant le corps pour la sépulture, on découvre que le cadavre est une femme. Monsieur Joseph Beauchamp dit Docteur Décopeaux est en réalité Mademoiselle Thérèse Beauchamp.

À l’annonce de sa mort, le frère de la défunte se présente pour obtenir un petit héritage, pense-t-il. Comme Monsieur Joseph Beauchamp ou Mademoiselle Thérèse Beauchamp n’a pas payé entièrement son constitut, le frère héritier se contente d’une somme moindre.

Si de nos jours, des personnes songent à changer de sexe, on peut dire que cette tendance existait déjà, il y a bien des années.

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