Imprimer

Funérailles du Frère Georges Montpetit – Homélie

Dans Homélies par Gilles Sabourin c.s.v. le 18/11/2014

Accueil

On compare souvent la vie à un long voyage, dont on connaît le point de départ, le quai de départ, dont on sait la destination, mais dont on ignore totalement ni les moyens de transport, ni le parcours, ni la durée… “On ne choisit pas la route ni même le moment du départ”, chante Luc de la Rochelière, dans sa très belle chanson Si fragile.

La vie est un long voyage qui nous mène de la naissance jusqu’à notre mort, jusqu’à la maison du Père, jusqu’au pays de Dieu.

Georges MontpetitAujourd’hui, nous sommes réunis, pour accompagner Georges, notre frère, qui est parvenu au terme de son voyage et qui a finalement atteint “l’autre rive”, où l’attendaient et l’accueillaient à bras ouverts, ses parents, ses frères André et Ernest, tous ceux et celles qu’il a aimés et qui l’ont précédé auprès de Celui qui est notre Chemin, notre Vérité, notre Vie.

Aujourd’hui, j’aimerais, au nom des membres de la communauté des Clercs de Saint-Viateur, vous souhaiter la bienvenue dans cette chapelle et exprimer mes plus profondes sympathies, à ses frères Robert, Jacques et Louis et à leurs conjointes Gilberte et Lise, à ses sœurs Georgette et Louise, à sa belle-sœur Vicky, à ses cousins et cousines, à ses neveux et nièces, à tous les autres membres des familles MontPetit et Benoit et à tous ses nombreux ami(e)s.

J’aimerais également souhaiter la bienvenue à chacun et chacune d’entre vous. Ensemble, nous allons dire adieu à Georges et demander au Seigneur de le recevoir et de l’accueillir comme son enfant qui rentre tout simplement chez lui.

Homélie

Mes chers amis,

L’Abbé Jules Beaulac, décédé, il y a déjà 4 ans, écrivait ceci : “Ce qui fait la grandeur d’une vie, ce n’est pas nécessairement la grandeur des actions que l’on pose : c’est bien plus la grandeur d’âme et de cœur que l’on met dans ses actions, petites ou grandes”.

On pourrait fort bien dire, de la même façon que ce qui importe surtout, à notre mort, ce n’est pas la richesse de nos talents, si nombreux soient-ils, ce n’est pas non plus la quantité de nos biens, si grands soient-ils, ce n’est même pas la somme ou la grandeur des tâches accomplies, ni même les distinctions et les honneurs.

Ce qui importe vraiment aux yeux de Dieu, c’est la qualité de notre être, l’intensité et la profondeur de notre amour. Ce qui faisait dire à Mère Térésa : “À notre mort, nous ne serons pas jugés sur la somme de travail accompli, mais sur le poids de l’amour que nous y aurons mis”.

Nous sommes rassemblés, cet avant-midi, dans cette chapelle, par respect, par amitié et par amour pour Georges. Nous sommes réunis à cause de tout ce que nous avons vécu avec lui, pendant ces 82 ans, à cause aussi de tout ce qu’il nous a laissé de témoignages et de souvenirs.

Nous sommes réunis également, pour la plupart d’entre nous, parce que nous partageons sa foi, parce que nous partageons sa profonde espérance, sa profonde certitude que de l’autre côté de la porte, dans la maison du Père, un amour l’attend, un amour qui le prend et le plonge tout entier dans sa joie et sa lumière.

Nous sommes réunis parce que nous croyons, avec Mme Jeanne Sauvé, ancienne gouverneure générale du Canada et cousine de Georges, “que nous sommes mortels… et… qu’au-delà de nos humaines ambitions, de notre bonheur de vivre, de nos amours, il y a autre chose, Quelqu’un qui nous appelle et qui finalement donne un sens à nos vies.”

Aujourd’hui, Georges n’est plus parmi nous. Il laisse derrière lui, comme le Petit Prince de St-Exupéry, son corps, sa vieille “écorce”, pour retourner vers son Père.

Il est, selon la très belle expression de mère Térésa, “tout simplement rentrée chez lui, dans la maison de son Père, dans la maison de Dieu.” Il est “passé sur l’autre rive”.

Aujourd’hui, durant notre célébration, le Seigneur nous rappelle, qu’il n’a pas créé la mort, qu’il n’a pas créé la souffrance. Il nous a créés pour le bonheur et pour la vie. Il nous a créés immortels. Nous lisons au Livre de la Sagesse : “Dieu n’a pas fait la mort, et il ne prend pas plaisir à la perte des vivants”. Il a mis dans nos cœurs cette soif de bonheur et ce désir profond de vie éternelle. Ce qui faisait dire à Charles de Foucault, l’apôtre du désert : “Notre cœur a soif de plus d’amour que le monde ne peut lui en donner; notre esprit a soif de plus de vérité que le monde ne peut lui en montrer; tout notre être a soif d’une vie plus longue que celle que la terre peut lui faire espérer.”

Par la mort de Georges, le Seigneur nous rappelle simplement que la mort a un sens, que la mort, depuis le Christ, a été vaincue définitivement, qu’elle a été transformée en résurrection, comme nous le célébrons avec tant d’éclat, à la grande fête de Pâques, chaque année. La mort, nous rappelle aussi le Seigneur, vient donner un sens à notre vie humaine et nous permet de passer de notre univers mortel à un monde immortel, à une vie éternelle. “Si le grain de blé, déposé en terre ne meurt pas,” dit le texte de l’Évangile, “il reste seul, mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits.” Un texte qui nous rappelle, en fait que la mort débouche toujours sur la vie, et que la mort est une condition essentielle à toute vraie vie.

C’est ce que rappelait Doris Lussier, dans ce texte que vous connaissez probablement tous : “Ce que je trouve beau, dans le destin humain, malgré son apparente cruauté, c’est que pour moi, mourir, ce n’est pas finir, c’est continuer autrement…” Et il ajoutait : “Un être humain qui s’éteint, ce n’est pas un mortel qui finit, c’est un immortel qui commence”. Et, plus loin : “La mort, ce n’est pas une chute dans le noir, c’est une montée vers la lumière”. Et, dans un autre texte, il écrira : “La mort n’est que la porte noire qui s’ouvre sur la lumière”. Ce qui faisait dire au poète Tagore : “Mourir ce n’est pas éteindre la lumière; c’est éteindre la lampe, parce que l’aube s’est levée”.

C’est donc dans un climat de confiance et d’espérance profonde que nous sommes rassemblés, ce matin, dans cette chapelle. C’est parce que nous sommes assurés, que nous avons une certitude absolue que Georges est toujours vivant, qu’il est toujours proche de nous, qu’il est toujours présent dans nos souvenirs et dans notre cœur.

Nous avons la certitude absolue que tous les liens d’amour et d’amitié que nous avons liés avec Georges, pendant ces 82 années, existent toujours, que rien de tout ce que nous avons vécu avec lui, toutes ces conversations, toutes ces confidences, toutes ces joyeuses complicités, tous ces moments privilégiés, tous ces projets, que rien n’est vraiment fini, anéanti et que tous ces liens qui avaient fini par tisser mystérieusement nos vies à celle de Georges continuent d’exister et sont plus forts que jamais.

Nous, les parents, les confrères et les amis de Georges, nous qui avons eu le privilège et l’immense bonheur de le connaître et de l’aimer, de partager une grande partie de sa vie, nous garderons bien vivant dans notre cœur le souvenir d’un homme profondément humain, fondamentalement bon, très simple. Homme chaleureux, accueillant, sympathique, Georges était un bon vivant.

Il aimait rire, s’amuser, taquiner, même provoquer juste pour le plaisir, juste pour faire réagir ceux et celles qu’il aimait. Il avait un bon sens de l’humour. Homme d’une grande sensibilité, Georges avait gardé son cœur d’enfant et savait s’émerveiller devant les beautés de la nature, devant la vie. Il aimait la vie. Il croquait à pleines dents dans la vie. Il savourait chaque instant de sa vie. Il se gardait toujours, par ailleurs un petit espace secret dans son jardin intérieur. Il avait toujours besoin de se réfugier dans son petit coin de solitude pour refaire son énergie, pour retrouver ses forces, pour prier.

Homme de service, Georges était toujours disponible pour aider quelqu’un, pour le dépanner, pour répondre à ses besoins ou simplement pour l’écouter. Excellent travailleur, débrouillard, efficace, Georges aura connu plusieurs métiers différents dans la communauté; Il aura été assistant infirmier, cuisinier, dans plusieurs résidences de la communauté et dans plusieurs de nos “missions” à l’intérieur du Québec : à la Résidence Saint-Viateur de Joliette, au Lac Saint-Jean, à la Résidence Willowdale, près de l’Université de Montréal.

Il profitera de son séjour à Montréal pour acquérir de nouvelles connaissances en cuisine en s’inscrivant pour des cours à l’Hôtellerie du Québec et suivra des cours de Haute cuisine de sœur Monique Chevrier. Quelques années plus tard, en 1975, il est préposé au magasin des sports au Collège Bourget de Rigaud. Il y demeurera pendant 5 ans et sera nommé ensuite à la Maison Provinciale de Montréal où il assumera la responsabilité de l’imprimerie pendant près de 26 ans. Il aurait, durant cette période, imprimé plus de 500 biographies, en plus du travail d’impression régulier.

Dans tout ce qu’il faisait ou entreprenait, il donnait toujours le meilleur de lui-même. Il est très appliqué à son travail. Perfectionniste, il s’acquittait de ses fonctions avec beaucoup de professionnalisme et donnait toujours un travail de grande qualité; il aimait les choses bien faites, bien ordonnées, bien structurées.

Très talentueux, Georges avait développé, avec le temps de grandes passions pour la généalogie et pour la photo. Pendant des années, il a fait des recherches sur l’histoire de sa famille, avec beaucoup de patience, de persévérance et de détermination.

Pendant des années aussi, il a pris, développé, identifié, classé des tonnes de diapositives et de photos, pour lui-même, pour sa famille et pour les archives viatoriennes. Pendant quelques années, avec un de ses frères, il a suivi des cours d’ébénisterie. Ensemble, ils ont appris à bâtir et réparer des meubles, des armoires, etc. Georges avait également une passion pour les fleurs et s’est occupé pendant plusieurs années d’embellir nos parterres et plates-bandes.

Sa famille, ses confrères et ses amis, c’étaient son univers, son royaume, son bonheur, sa vie. Et Georges a toujours cherché à demeurer très proche des membres de sa famille, de ses deux sœurs Georgette, sa jumelle et Louise, de ses trois frères, Robert, Jacques et Louis et leurs conjointes Gilberte et Lise, de sa belle-sœur Vickey. Il a toujours fait une place très importante à l’amitié dans sa vie.

Nous nous souviendrons de Georges comme d’un grand croyant, d’un grand priant, d’un très bon religieux qui a répondu simplement, à l’exemple de Viateur et de Querbes, à cet appel pressant du Christ : “Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.” Il se sentait concerné par cette invitation de saint Jean :” Nous devons aimer non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité.” Georges avait compris le sens profond du message du Christ.

Toute sa vie, il a vécu dans l’amour en gardant profondément inscrit dans son cœur le souvenir de cette très belle parole de l’Évangile : “Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites”. Pour lui, un amour vrai, profond, authentique, doit s’exprimer dans des actes quotidiens, dans des gestes concrets.

Il avait compris que seul l’Amour donne un sens à ce que nous faisons, à ce que nous vivons. Par sa grande générosité, par sa disponibilité à aider les personnes qui l’entouraient, à rendre toute sorte de services, à aimer et à respecter les gens autour de lui, Georges vivait à sa façon et simplement, les valeurs de l’Évangile et recherchait de toutes ses forces ce bonheur que le Christ nous a promis.

Aujourd’hui, Dieu l’a “mis à l’épreuve”, et “l’a reconnu digne de lui”. Il peut dire sans équivoque, comme Saint Paul : “Le temps de mon départ est arrivé. J’ai combattu le beau combat. J’ai achevé ma course. J’ai gardé la foi.” Aujourd’hui Dieu et Marie qu’il a tant priée, accueillent Georges à bras ouverts et lui font une place de choix à leur banquet éternel. Et nous, qui demeurons pour continuer, nous le saluons une dernière fois, nous le confions à l’amour du Père.

“Viens, toi le béni de mon Père, reçois en partage ce royaume qui t’a été préparé depuis la fondation du monde. Viens, toi le béni, car j’ai eu faim d’amour, faim de tendresse, faim d’affection; j’ai eu soif d’attention, j’étais seul et tu m’as ouvert ton cœur, tu m’as prêté tes mains tu m’as donné de ton temps tu m’as aimé dans tes frères et sœurs. Viens prendre part à mon banquet.”

Amen !

Homélie du Père Gilles Sabourin c.s.v.
15 novembre 2014
Résidence provinciale, Outremont

Vous aimerez peut-être lire :

Mots-clés : , , , , , , , , ,