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Message pastoral aux Viateurs de la province du Canada

Dans Bulletin d'information, Lettres pastorales, Viateur par Nestor Fils-Aimé c.s.v. le 22/09/2015

« Engagés avec le Christ, Viateurs, osons vivre la joie des fruits de l’Esprit »

Chers Viateurs,

Le 5 septembre 1859, les fils de Querbes en Saint-Viateur lui ont rendu un dernier hommage dans l’église de Vourles, témoin de son zèle et de son amour pour Dieu et ses frères et sœurs. Permettez-moi de rappeler quelques paroles de l’abbé Vincent Pater à l’occasion des funérailles de notre fondateur, le P. Louis Querbes :

« … nous avons perdu dans la personne de l’abbé Querbes un confrère, un modèle, plein de zèle, solidement instruit, réunissant les qualités de l’esprit et du cœur, et dont toute la vie a été consacrée pour le bien de l’Église… »1

Père Nestor Fils-Aimée c.s.v.C’est animés du même souci d’annoncer la Parole et d’être témoins de l’Évangile d’amour du Christ, que nous évoquons la mémoire de notre bien-aimé fondateur.

Engagés avec le Christ, nous puisons nos forces dans les fruits l’Esprit qui nous maintiennent dans la joie du don et de la communion avec nos frères et nos sœurs.

Ce message fraternel va dans la ligne de notre démarche d’oser la joie au cours de cette année de la vie consacrée. Il nous permet de regarder notre histoire viatorienne à la lumière du passé, avec des yeux du présent et en visant des perspectives d’avenir qui nous feront tenir allumée la lampe de notre communauté viatorienne.

Une joie sans cesse renouvelée

En décrétant une année dédiée à la vie consacrée, le Pape François nous a lancés dans une aventure de renouvellement et nous a montré une porte ouverte sur l’avenir. Rappelons les trois principaux objectifs poursuivis au moment du lancement de cette année :

Il nous a invités à…

  • regarder le passé avec reconnaissance
  • vivre le présent avec passion
  • embrasser l’avenir avec espérance2

Dans mon message du 1er septembre 2014, j’avais souligné combien il était nécessaire pour nous Viateurs de saisir ce « moment opportun qui nous offre de multiples possibilités. ».3 Je nous lançais alors dans un pèlerinage communautaire aux confins de notre histoire et dans l’optique d’une grande convergence des cœurs, des idées et des finalités.

Notre marche se poursuit et elle promet d’être longue encore. Elle est éreintante et ne laisse pas beaucoup de répit. Plusieurs marcheurs ont été contraints à l’abandon, fauchés en pleine ascension. Souvenons-nous des Viateurs qui nous ont quittés depuis un an. Ils sont avec nous dans ce pèlerinage inachevé.

Notre vocation viatorienne nous appelle à marcher encore ensemble et à chercher la meilleure façon de bâtir une communauté où la joie primera toujours la désolation et le désenchantement, où la confiance en Dieu l’emportera toujours sur la nostalgie de nos périodes de gloire et d’abondance, où le désir d’être signes aura toujours le pas sur l’apathie et le défaitisme. Le verbe pour tous les Viateurs et qui se conjugue au présent de l’impératif est encore « OSER ».

Toi, Viateur… Ose
Nous tous, Viateurs… Osons
Vous tous, Viateurs… Osez

Chacun et chacune ont le devoir de se soutenir dans un relais de foi et d’espérance et dans un geste d’abandon entre les mains de Celui qui « aplanira tous nos sentiers » (Pr 3,6).

Je voudrais que ce message pastoral porte l’empreinte d’une joie sans cesse renouvelée qui nous aide à aller au-delà de nos manques et de nos imperfections, de nos sentiments d’échecs et de nos rendez-vous manqués et nous fixe sur ce qu’il y a et qui se fait de beau, d’appréciable et de merveilleux autour de nous, par nos frères et sœurs de partout.

À la demande de notre frère François, parcourons notre histoire viatorienne en jetant un regard sur notre passé avec reconnaissance, en vivant notre présent avec passion et en embrassant notre avenir avec espérance.

Regarder le passé viatorien avec reconnaissance

Au cours des derniers mois, nous avons souligné des événements importants dans l’histoire de notre Congrégation et de la communauté viatorienne. Des événements qui ont suscité la fierté de plus d’un et ont ravivé des souvenirs des plus agréables.

La célébration des cinquante ans de l’implantation du charisme viatorien en Haïti, les cinquante ans des camps de l’avenir au lac Ouimet, les quinze ans de présence viatorienne au Burkina Faso, le jubilé d’or de deux confrères Jacques Houle et Gérald Belcourt, les célébrations d’anniversaires de nombreux événements marquants concernant des personnes ou des institutions sont autant de moments qui ont projeté sur les Viateurs ici et là des rayons de joie et une pluie de lumières qui redisent que l’arbre querbésien a fleuri et produit des fruits.

Relire le passé viatorien avec humilité et reconnaissance c’est accepter et confesser que l’Esprit a toujours été à l’œuvre dans notre communauté et que sur le chemin des 168 ans de l’arrivée des Champagneur, Fayard et Chrétien au Canada, jamais le Seigneur ne nous a abandonnés.

Ainsi, loin de nous confiner dans un certain regret de ce que nous avons laissé ou de ce que nous perdons, l’évocation positive du passé viatorien devrait apaiser nos angoisses existentielles et nous aider à vivre notre aujourd’hui dans la sérénité et la paix.

Et pour nous, ouvriers viatoriens actuels, ce regard jeté dans le rétroviseur de notre communauté devrait susciter chez tous et toutes un sentiment d’admiration et de fierté et soutenir notre engagement à la suite de nos devanciers.

Si l’intuition fondatrice du P. Querbes a pu être féconde c’est parce que des hommes et des femmes y ont cru et lui ont donné des mains, des pieds, des voix et des cœurs afin qu’elle soit inscrite dans la glaise de la réalité.

Les 184 ans d’histoire de notre communauté signifient que le rêve querbésien a fait tache d’huile et a su se maintenir à travers les temps et les espaces. C’est une indication qu’aucune période de l’histoire, aussi trouble et controversée soit-elle, n’est hermétiquement fermée à “annoncer Jésus Christ et son évangile et susciter des communautés où la foi est vécue, approfondie et célébrée” (Constitution numéro 8)

Nous sommes une communauté de bâtisseurs, de forgeurs de voies nouvelles, de défricheurs et d’éclaireurs. Les plus belles réalisations et les constructions les plus solides exigent souvent d’affronter l’aridité des sols et parfois de creuser dans le roc. Voilà ce qui doit nous motiver pour la poursuite de notre mission avec passion dans le présent.

Vivre le présent viatorien avec passion

“Chacun de nous est une chance là où il est et là où il vit”. (Jean-Claude Giannada)

Quelle beauté et quelle profondeur de cette chanson de Giannada qui invite à reconnaître l’importance de chaque être humain. Pour nous, la chanson prend un relief encore plus grand et cristallise ce que chaque Viateur représente dans la communauté.

La première condition pour que notre communauté se raffermisse et grandisse est notre capacité à nous accepter, à nous aimer et à nous reconnaître comme formant un même corps. L’exemple des premières communautés chrétiennes devrait toujours nous interpeller et nous guider. Sans chaque Viateur, la communauté est lettre morte.

« À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13,35)

Pour vivre le présent avec passion, nous devons croire dans la pertinence et l’actualité de notre charisme viatorien et de notre mission. S’il y a divers lieux et moyens de remplir cette mission, un fond commun demeure et c’est ce qui nous définit comme Viateurs.

Nous sommes fondamentalement des témoins de la joie et de la vie du Seigneur. Nous devons partout créer un espace d’épanouissement, de croissance et de mieux-être pour tout le monde.

Être Viateur, c’est opter pour l’amour, la paix, la justice sociale et surtout pour un projet commun qui soutient la dignité et le respect de tous les humains.

Vivre le présent avec passion c’est…

  • marcher d’un pas rassuré et dans la confiance en regardant autour de nous tout ce qui fait avancer notre communauté et qui nous rend, Viateurs, levain dans la pâte.
  • admirer la floraison viatorienne en des terres d’avenir.
  • apprécier l’engagement de ces confrères d’âge avancé mais qui se tiennent encore debout avec les jeunes et les pauvres dans nos différentes insertions.
  • reconnaître la générosité de Viateurs qui répondent toujours là où la mission appelle et où la vie le commande.
  • se donner joyeusement à notre mission, peu importe la nature de celle-ci et dans la limite de nos forces.
  • garder la tête haute et le cœur ouvert malgré les souffrances et les déceptions.

Tout comme le regard sur le passé éclaire l’actualité de la vie viatorienne, dans l’économie d’une communauté éternellement à construire, c’est la vitalité et le dynamisme de l’engagement des Viateurs au présent qui présagent de la couleur et de la saveur de l’avenir et qui invitent à l’espérance.

Embrasser l’avenir viatorien avec espérance

C’est le défi de toute notre communauté, le défi de notre province viatorienne du Canada. Avenir et Espérance nous interpellent, suscitent notre réflexion et sollicitent notre engagement. Nous vivons des moments hautement cruciaux dans l’histoire de notre communauté.

J’entends des voix s’élever pour prédire la fin imminente de la Congrégation parce que les « grands pays » n’accueillent plus de nouveaux religieux et la moyenne d’âge des membres de la Congrégation augmente.

J’entends des confrères remettre en question et d’autres critiquer l’expérience des 35-40 dernières années de la communauté viatorienne regroupant religieux et associés.

J’entends d’autres confrères exprimer leur amertume devant ce qu’ils croient être le « déclin de la Congrégation ». Certains ne voient plus rien de beau et d’inspirant dans notre famille. Cette rhétorique déprimante et desséchante, si elle traduit un vrai malaise, peut avoir un effet dévastateur sur le moral de ceux et celles qui désirent encore bouger.

Les évangiles ne nous montrent-ils pas Jésus souvent face à des situations de précarité, de manque et de besoins? N’est-ce pas toujours le mobile de ses interventions? Il lui a suffi de peu pour transformer le désenchantement et l’inquiétude en joie et en confiance. Avec seulement cinq pains et deux poissons, il donna à manger à une multitude. (Mt 14,15)

Nos cinq pains et nos deux poissons comme Viateurs c’est…

  • notre conviction qu’avec Lui “nous ferons des prouesses” Ps 59 (60).
  • notre ouverture à l’imprévisible de Dieu.
  • notre souplesse à accepter qu’Il peut guider notre communauté dans la direction qu’Il désire.
  • cette foi en l’avenir et cette confiance en Dieu nous feront voir par-delà les obstacles et les aveuglements. Elles nous feront être Viateurs autrement, dans la communion avec des sœurs et des frères animés par le même charisme et mus par la même mission.

Elles s’inscriront dans la reconnaissance de l’action de l’Esprit dans des terres où la semence viatorienne a germé au cours des soixante dernières années. Elles grandiront dans le rapprochement toujours plus grand entre Viateurs de milieux, de lieux et d’horizons différents.

Les dernières décennies ont montré une croissance des effectifs de religieux dans certaines parties du globe notamment dans les pays africains, certains pays latino-américains et dans les Caraïbes. Le développement de l’association connaît un rythme varié selon les pays.

L’Esprit éclairera nos chemins et nous indiquera la direction à prendre pour que notre communauté demeure un lieu de joie, de fête et d’espérance.

Oui, il y a lieu malgré et contre tout d’embrasser l’avenir de notre communauté avec espérance car « l’espérance ne trompe pas ». (Rm 5,4)

Nourris des fruits de l’Esprit

« Mais voici les fruits de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi » (Ga 5,22-23)

La communauté dont nous rêvons est possible si nous la nourrissons des fruits de l’Esprit. C’est dans cette avenue que le conseil provincial veut engager toute la province au cours de la prochaine année. Nous y reconnaissons une source de fécondité et de santé pour notre communauté.

Chacun des fruits peut être vécu comme un idéal que chaque Viateur s’efforcera d’atteindre. Chaque fruit de l’Esprit est un projet de vie. Et si nous attribuons un fruit de l’Esprit à chacun des neuf prochains mois?

Octobre 2015 = Amour; novembre 2015 = Joie; décembre 2015 = Paix; janvier 2016 = Patience; février 2016 = Bonté; mars 2016 = Bienveillance; avril 2016 = Fidélité; mai 2016 = Douceur; Juin 2016 = Maîtrise de soi.

À la fin nous aurions fait le tour du jardin de l’Esprit et nous en serions plus forts et mieux outillés pour la route. À travers le bulletin, le conseil provincial aura une réflexion portant sur le fruit de l’Esprit du mois en question.

Pour nous enrichir davantage, on pourrait aussi profiter des  «Partages d’évangile » que notre confrère Gaston Perreault nous a laissés. Dix feuillets au contenu très riche et qui rejoint notre contexte ecclésial et communautaire.

Voici les principaux sujets qui y sont développés :

  • « Avec Jésus-Christ, la joie naît et renaît toujours » (EG, 1)
  • « Sortir pour porter l’Évangile aux plus éloignés » (EG, ch 1)
  • « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mc 6,37)
  • « Je vous exhorte à la solidarité désintéressée » (EG, ch 2)
  • « Nouvelles cultures, nouveaux défis » (EG, ch 2, suite)
  • « L’Évangile se vit dans la rencontre » (EG, ch 2, suite)
  • « La communauté : visage vivant de l’Évangile » (EG, ch 2, suite)
  • « Tout baptisé est missionnaire » (EG, ch 3)
  • « La Parole : une nourriture à recevoir et à partager » (EG, ch 3)
  • « Évangéliser c’est rejoindre, écouter et accompagner » (EG, ch 4)

Ces parcours qui portent à la fois un accent biblique, ecclésial et viatorien pourront alimenter notre cheminement personnel et communautaire et ainsi consolider notre marche et nos convictions viatoriennes.

Communauté viatorienne : pour un visage qui rayonne de lumière

Ces derniers mois des voix se sont levées qui souhaitent des clarifications, des précisions et la définition d’un cadre propre à la communauté viatorienne. Les débats suscités par le concept « Communauté viatorienne » ont porté le CGE (Conseil Général Extraordinaire) à engager une large consultation concernant le vécu de la communauté dans nos différents milieux. À la lumière des réponses obtenues un travail de synthèse et d’approfondissement s’impose.

Notre Supérieur général nous invite à un discernement communautaire :

« Les conditions réunies d’une écoute réelle, d’une expression ouverte et franche et d’un désir de dialogue laisseront place à tout ce qui peut nous interpeller comme étant des signes de l’Esprit pour aujourd’hui… ».4

Nous voilà donc lancés dans une recherche de lieux de rencontres, de points de ralliement qui faciliteront le développement de la communauté dans une atmosphère d’accueil et de compréhension mutuelle.

Au cours des prochains jours, à partir de la synthèse des réponses au questionnaire-cadre sur la communauté viatorienne, chaque communauté locale sera appelée à relever des éléments qui favoriseront une meilleure coordination et un agencement sans heurts des deux branches qui forment la communauté viatorienne.

Je vous invite donc à entrer dans cette démarche de vérité peu importe votre vision et l’intérêt que vous y sentez. Au terme, nous pourrons vivre dans une plus grande communion et consacrer ainsi toutes nos énergies à la mission que le Seigneur nous a confiée dans la ligne du charisme de notre communauté.

En conclusion

En terminant ce message pastoral, il me vient à l’esprit une image, celle des poupées russes (appelées également matriochkas). Les poupées russes imbriquées les unes dans les autres sont originellement un symbole de fécondité. Elles expliquent, à mon avis, l’unité dans la diversité. Toutes les poupées répondent aux mêmes caractéristiques et revêtent les mêmes éléments constitutifs. Les différences tiennent aux seules dimensions de chacun des 7-8 petits objets.

Ce symbolisme est fort. Il nous rejoint dans ce que nous vivons ensemble comme Viateurs et dans le témoignage que nous sommes appelés à donner. Différents les uns des autres, nous formons cependant une seule communauté.

Mon vœu le plus cher est que chaque Viateur continue à faire jaillir le feu qui a embrasé son cœur un jour. Notre richesse demeure dans ce que nous apportons à notre communauté et dans ce que nous faisons de manière à la garder belle et rayonnante.

On parle aujourd’hui d’interconnexion et de transversalité. Cela veut dire que nous nous rejoignons tous et chacune de nos actions croise celle d’un autre pour aider à la construction du Royaume de Dieu.

Puissions-nous être toujours ouverts à la joie du Christ !
Puissions-nous demeurer des semeurs d’espérance !

« Engagés avec le Christ, Viateurs, osons vivre la joie des fruits de l’Esprit »

Je demande au Seigneur de vous bénir et de faire fructifier notre communauté.

Nestor Fils-Aimé, c.s.v.
Supérieur provincial
5 septembre 2015, en ce 156e anniversaire de la pâque du P. Querbes.

Vous aimerez peut-être lire :

  1. BONNEVILLE, L., Louis Querbes, Fondateur des Clercs de Saint-Viateur, éd. Bellarmin, Montréal, 1989, p. 183
  2. Lettre apostolique du Pape François à tous les consacrés à l’occasion de l’année de la vie consacrée
  3. P. Nestor Fils-Aimé, c.s.v. : Message pastoral du 1er septembre 2014 à la province du Canada.
  4. P. Alain Ambeault, Supérieur général. Lettre pastorale, juin 2015.

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