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La mission du responsable d’une communauté locale viatorienne

Dans Mission, Viateur par Léonard Audet c.s.v. le 11/12/2013

Je ne vous parlerai pas de mon expérience de responsable de communauté locale puisque je n’ai jamais été supérieur local. Je veux plutôt vous parler de projet, d’idéal, de rêve. Car pour avancer, il faut savoir rêver. Il faut, à mon sens, avoir des projets, des idéaux que nous n’atteindrons jamais vraiment, mais qui nous aideront à progresser. Ma conférence sera donc du genre littéraire ressourcement, comme on me l’a d’ailleurs demandé.

Je n’aborderai pas le thème de la présente année pastorale, à savoir « Viateurs porteurs d’une Parole qui appelle et qui libère ». Vous serez appelés à en traiter ensemble dans la deuxième partie de la rencontre. Pour parler du responsable local, je n’emploierai que le masculin afin de simplifier le texte de mon exposé. Cela inclut les deux genres.

Gardien du charisme

Chemin - PaysageLe responsable local est le premier gardien du charisme dans sa communauté. Il doit amener les Viateurs à s’en imprégner profondément et à l’incarner dans leur vie. Chaque année, il interpellera les Viateurs : comment pouvons-nous vivre le charisme viatorien, ici et maintenant ? On se rappellera que le charisme comporte trois composantes, soit la vie spirituelle, la vie fraternelle et la mission. Ces trois composantes auront l’attention constante de la communauté locale.

En lien avec l’autorité de la Province ou de la Fondation, le responsable suscite le discernement nécessaire pour incarner ce charisme à partir des besoins du milieu et de la mission ecclésiale confiée à la communauté locale viatorienne.

La communauté viatorienne : l’arbre viatoriene

Situons-nous d’abord dans le contexte de la communauté viatorienne. J’ai déjà comparé la communauté viatorienne à un arbre. On peut dire en un certain sens que les Viateurs religieux et les Viateurs associés sont les deux branches distinctes de l’arbre de la communauté viatorienne; deux branches qui forment ensemble un même arbre avec un même feuillage. Les deux branches sont reliées au tronc commun qui plonge ses racines dans le charisme viatorien d’où l’arbre puise force et nourriture.

Le responsable local est donc appelé à prendre soin de l’arbre de la communauté viatorienne. Précisons d’abord que La communauté viatorienne, composée de religieux et de laïques, est une communauté de foi qui appelle tous ses membres à s’engager ensemble dans la mission ecclésiale, à partager une même vie spirituelle héritée du fondateur et à confesser Jésus-Christ comme le cœur de sa communion fraternelle. Sur le plan de la mission, tous partagent en Église le même charisme de catéchètes et de « serviteurs de la Parole ».

La vie chrétienne de l’ensemble des membres

Prendre soin de la vie chrétienne de l’ensemble des membres de la communauté locale, telle est une tâche essentielle du responsable local. On sait tous qu’en christianisme, c’est le baptême qui constitue la consécration fondamentale de celui ou de celle qui est appelé à devenir disciple du Christ; à devenir membre de son Corps et participant à part entière au Peuple de Dieu. Dans le baptême, les fidèles sont consacrés par l’onction de l’Esprit Saint. Ils sont « oints » dans le Christ pour participer à la vie nouvelle instaurée dans le mystère de sa Mort / Résurrection (cf. Rm 6). Tous les autres engagements ou consécrations sont des réactualisations de la consécration baptismale dans une forme de vie particulière.

En raison de leur consécration baptismale, les Viateurs associés comme les Viateurs religieux sont appelés à se mettre à la suite de Jésus et à travailler à l’édification du Royaume de Dieu. Comme chrétiens et chrétiennes, tout un chacun est appelé à incarner les valeurs du Royaume dans leur vie personnelle et communautaire afin d’être sel et lumière dans l’Église et dans la société.

Gardien de la mission viatorienne

La mission a un caractère central dans le charisme fondateur. Tous nous sommes appelés à nous engager dans un itinéraire d’évangélisation afin d’être témoins de l’Évangile dans l’Église et la société. Le responsable local portera attention aux capacités de chaque personne eu égard à la mission, sachant soutenir tout un chacun et les guider pour une pleine réalisation de la mission viatorienne dans le milieu. Le responsable exerce ainsi un service pastoral d’animation dans sa communauté locale.

Une tâche essentielle, c’est d’aider l’Église du Christ à renaître dans l’épaisseur de la culture du pays. Évangéliser, c’est vraiment aider l’éclosion de ces nouvelles communautés de chrétiens en diaspora, conscients de la valeur et de la force de la Bonne Nouvelle qu’ils portent en eux et de sa capacité de transformer le monde. Ce fut là exactement la situation des chrétiens de l’Église primitive. Ils étaient une petite minorité dans le vaste Empire romain; ils n’avaient aucun pouvoir au plan social; ils ont pourtant réussi à transformer le monde. À leur exemple, les communautés viatoriennes locales sont appelées de façon spéciale à devenir des centres de rayonnement de la vie évangélique dans notre monde.

Gardien de la vie spirituelle

La qualité de la vie chrétienne repose sur celle de la vie spirituelle des membres de la communauté locale. Le responsable sera un rassembleur à ce niveau, incitant les Viateurs à la fidélité à la prière et à une vie de prière communautaire de qualité. En ce sens, on prendra grand soin du ressourcement spirituel. C’est vital pour la croissance dans la vie chrétienne et viatorienne.

Comme on le sait, notre spiritualité repose sur la Parole de Dieu et sur une liturgie qui nourrit le cœur et l’esprit. Pour l’alimenter, le responsable saura offrir des haltes de ressourcement adaptées aux besoins de ses frères et sœurs.

La vie consacrée des Viateurs religieux

Le responsable est appelé à prendre soin de la vie consacrée des Viateurs religieux de la communauté locale. Il est bon de se rappeler que c’est la primauté de Dieu au cœur de sa vie qui explique le sens et la raison d’être de la consécration au Seigneur par les trois vœux. Ce qui est caractéristique de la vie consacrée, c’est donc de chercher à vivre de la manière dont Jésus a vécu. C’est l’effort pour suivre Jésus dans la forme selon laquelle il a vécu.

La vie consacrée est un don de Dieu par lequel il invite une personne à vivre la même « radicalité » que Jésus a vécue dans le célibat pour le Royaume, la pauvreté/confiance au Père et l’obéissance au projet de Dieu sur sa personne et sa mission. Au sein de l’Église, la vie consacrée se présente comme une « mémoire évangélique » du chemin emprunté par le Christ Jésus. Des hommes et des femmes choisissent ensemble d’entreprendre dans une famille religieuse ce même chemin qui a été institutionnalisé par l’Église et reconnu comme une voie prophétique pour l’Église et le monde.

Les engagements des Viateurs associés

Le responsable local est chargé de la formation initiale et continue des Viateurs associés. Rappelons que par leur adhésion au charisme, les Viateurs associés empruntent un chemin vers Dieu différent de celui de la vie religieuse; un chemin qui passe habituellement à travers les médiations humaines de l’amour conjugal, de la propriété des biens matériels et de l’autonomie personnelle. Mais ils sont eux aussi appelés à suivre Jésus et à travailler à l’édification du Royaume de Dieu. Et ils le font dans le cadre du charisme viatorien, qui est l’héritage et la référence commune pour tous. La vocation au charisme viatorien est commune aux Viateurs associés comme aux Viateurs religieux. Elle est la réponse à un appel personnalisé du Seigneur à vivre la vie évangélique selon la modalité particulière du charisme fondateur.

Quand les Viateurs associés promettent de « vivre les valeurs évangéliques selon le charisme de la communauté viatorienne », il est évident qu’ils s’engagent d’abord à vivre les valeurs évangéliques les plus fondamentales, à la suite et à l’exemple de Jésus, mais dans la tradition viatorienne. Ils vivent ces valeurs comme laïques et sous une forme différente de celle de la vie religieuse.

Des foyers de communion fraternelle

Les Viateurs religieux et associés se réunissent au sein d’une communauté locale. Pour que celle-ci soit vraiment dans la ligne du christianisme le plus authentique, il faut qu’on y assure l’établissement et l’épanouissement de la relation de fraternité chrétienne, à l’exemple de l’Église primitive. C’est là une priorité dont on ne peut se dispenser. Il faut qu’on y trouve l’accueil, le dialogue, le partage, la communion, sans oublier, bien sûr, le pardon. Le responsable est ainsi appelé à aménager des haltes fraternelles dans nos vies quotidiennes surchargées et encombrées d’activités les plus diverses. Des haltes fraternelles à l’image des haltes routières.

Dans nos pays industrialisés et dans nos sociétés sécularisées, nous avons souvent adapté nos façons de vivre la communauté à la culture ambiante et à l’individualisme qui la caractérise. Dans un tel contexte social, nous sommes au contraire appelés à devenir des acteurs de fraternité. Nous sommes conviés à retisser constamment les liens de notre communion fraternelle. La communion des cœurs est sans cesse à bâtir dans l’épaisseur et la lourdeur du quotidien. Pour qu’elle soit témoignage dans notre milieu, il faut qu’elle soit lisible et significative dans la culture des gens qui nous entourent. Qu’en est-il vraiment? Sommes-nous, dans notre vie communautaire, signes de communion fraternelle et de vie dans l’agapè? Les gens nous perçoivent-ils comme tels? Il y a là, à mon sens, un grand et beau défi à relever ensemble et en toute solidarité.

Des petites cellules ecclésiales

J’estime que la mission du responsable local est d’aider les communautés viatoriennes locales à devenir des petites cellules ecclésiales, c’est-à-dire des centres de rayonnement de la vie évangélique; des foyers de fraternité chrétienne, de vie spirituelle et d’engagement apostolique selon les trois composantes du charisme viatorien; en résumé, des petites cellules ecclésiales à l’instar des premières communautés chrétiennes dont il est question dans le livre des Actes (cf. Ac 2,42). « Voyez comme ils s’aiment », devrait-on dire de nous. En effet, les premiers chrétiens conçoivent le christianisme comme le projet du salut de Dieu en Jésus Christ, mais aussi comme un projet d’amour, de fraternité, de communion comme fils et filles du même Père, comme frères et soeurs de Jésus Christ. Les textes du Nouveau Testament nous témoignent de ce fait de multiples façons.

Pouvons-nous faire de nos communautés viatoriennes locales de nouveaux lieux pour proposer à neuf l’Évangile et accompagner des gens en démarche de conversion à la foi chrétienne, en démarche d’adhésion à Jésus Christ? Les communautés locales sont ainsi appelées de façon spéciale à devenir des centres de rayonnement de la vie évangélique; à devenir des communautés de témoignage évangélique et d’interpellation. Des communautés appelées à être des signes prophétiques. Surtout si la communauté garde les portes ouvertes pour accueillir chez soi et prendre contact avec les périphéries, comme nous y invite le Pape François. Ensemble pouvons-nous relever un tel défi?

L’écosystème d’une communauté locale

Une métaphore pour illustrer le tout. Dans mon coin de pays, en Gaspésie, il y a à Métis un grand jardin de plantes, de fleurs et d’arbustes de différents pays qui dans leur croissance profitent d’un climat favorable particulier à ce petit milieu. On dit qu’ils profitent d’un écosystème. Écosystème vient de deux mots : « éco » du grec « oikos » qui signifie « maison » et « système » du grec « sustema » qui désigne un ensemble; donc un ensemble favorable à la vie.

Ainsi l’écosystème suggère cette cohérence de la maison de vie, la maison des vivants. Tous les éléments d’un écosystème sont interdépendants. Même les vieilles souches sont utiles à la vie de l’ensemble. Cette vie a besoin pour grandir de tout un environnement favorable. J’utilise donc cette métaphore pour affirmer que le charisme viatorien a besoin d’un milieu favorable; et ce milieu c’est d’abord la communauté locale viatorienne. Je parlerai donc d’un écosystème viatorien.

La métaphore de l’écosystème peut s’appliquer facilement aux Viateurs :

  • Les Viateurs sont des baptisés bien vivants, désirant vivre un projet de vie chrétienne aux couleurs de Louis Querbes.
  • Les Viateurs vivent dans les « écosystèmes » que sont les communautés locales viatoriennes. Avec leur responsable, tous les Viateurs portent la responsabilité de créer un milieu nourricier pour le charisme viatorien et pour chacun des membres de la communauté locale.

Chaque Viateur devrait ainsi se sentir responsable de faire advenir la communauté viatorienne dans son milieu. Plusieurs expériences montrent que des communautés viatoriennes de base deviennent progressivement des chantiers d’éducation et d’évangélisation et qu’elles sont rejointes par ceux et celles qui désirent vivre à fond le projet de Louis Querbes dans le monde de ce temps. C’est donc dans l’écosystème de nos communautés locales viatoriennes que nous pourrons vivre à fond le charisme du fondateur dans ses dimensions spirituelle, communautaire et apostolique. Le projet de Louis Querbes sera ainsi relancé dans le monde de ce temps.

Conclusion

Comme communautés locales viatoriennes, saurons-nous apporter des réponses évangéliques audacieuses aux grandes interrogations du monde contemporain? Rappelons-nous l’audace de Louis Querbes. Il nous revient personnellement et communautairement de trouver un nouvel élan pour offrir une nouvelle vision de la vie chrétienne, de même que de la vie consacrée et de la vie viatorienne. Il nous revient à tous d’être prophétiques pour rappeler constamment au monde capitaliste actuel que ce qu’il marginalise, comme les pauvres et les petits, est spirituellement au centre de la vie selon l’Évangile.

Quelles sont les utopies qui peuvent nous ouvrir l’avenir? Quels sont les rêves qui nourrissent notre espérance? Quels sont les projets qui relancent notre marche? Je laisse ces interrogations à votre réflexion.

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