Drôle de comparaison

Durant la soirée du 10 février 1959, à la ferme de la Maison Notre-Dame-des-Champs, dans le rang 4 de Sully, dans le comté de Témiscouata, se déroule un événement qui aurait pu avoir des conséquences bien tragiques.

ArchivesEn cette journée froide d’hiver, le feu se déclare dans la porcherie. Une fumée noire et épaisse se dégage de la bâtisse et frôle le Collège avant de se diriger vers le verger de pommes.

En apprenant ce danger, le personnel de la Maison Notre-Dame-des-Champs quitte la quiétude de la résidence pour voir la situation de près (en curieux pour plusieurs), mais aussi pour aider à faire sortir les animaux au grand air.

Mentionnons ici les personnes qui vont jouer un rôle actif et important dans le déroulement de cette scène dramatique.

Il y a le supérieur de la Maison (Le Père Adolivas Poulin, homme bien nerveux surtout dans les situations inhabituelles), on retrouve également le procureur (Frère Oscar Lalonde, homme habituellement calme et qui a vécu bien des difficultés dans les camps de concentration de Mandchourie aux mains des communistes) et un aide-temporal (Frère Jean-Marie. C’est le nom qu’il portait dans la communauté des Frères de Notre-Dame-des-Champs et qu’il continue de porter. Il s’agit d’Onésime Pelchat, qui devient Clerc de Saint-Viateur avec l’affiliation des Frères du Chanoine Brousseau avec les C.S.V. du temps du provincialat du Père Joseph Latour dit Forget).

Dans son grand désir de sauver les bêtes en perdition, le Frère Oscar Lalonde entre dans la bâtisse pour tenter de faire sortir, au grand froid, les animaux domestiques. Mais la fumée devient de plus en plus intense, tandis que les bêtes se montrent rebelles pour quitter leur chaude résidence.

Devant telle situation, le Père Poulin, qui assiste à cette scène, craint pour la vie du procureur. Il essaie de persuader le Frère Oscar Lalonde de quitter la bâtisse en feu et de laisser périr les cochons. Rien à faire. Sa voix ne porte pas assez fortement pour atteindre le destinataire ou sa logique ne fait pas broncher le brave Oscar en plein sauvetage de ses bêtes favorites.

À bout de ressources le Père Poulin s’adresse au Frère Jean-Marie et lui demande de trouver un moyen de faire sortir le Frère Oscar de cette situation de plus en plus périlleuse.

Le Frère Jean-Marie, issu d’une famille de cultivateurs de la Beauce, agit aussitôt. Il prend sa voix la plus forte possible dans les circonstances et crie au brave Frère Lalonde : « Oscar, vaux-tu plus cher qu’un cochon »? Le cher Oscar, interpellé par le style direct et déconcerté par une pareille comparaison, doit répondre d’une façon affirmative.

Et le brave Frère Jean-Marie de continuer avec une même logique : « Alors, sors de là ». Notre sauveteur, Oscar, se soumet à la volonté de son supérieur, laisse ses braves bêtes et quitte indemne la bâtisse. Les efforts du Frère procureur sont pleinement récompensés, puisque le Journal de la Maison Notre-Dame-des-Champs mentionne : « On a réussi à sauver les 60 cochons qu’elle abritait ».1

Il faut ajouter que le Père Poulin est bien soulagé de trouver son procureur en bonne santé. En ce qui regarde le Frère Oscar Lalonde, il sent fortement la fumée, mais est heureux de son exploit. Le Frère Jean-Marie demeure discret avec un petit sourire taquin.

L’auteur de ces lignes demeure le seul CSV vivant témoin de l’incendie de la porcherie.

Wilfrid Bernier, CSV

Source :
Bulletin d’information – Mai 2017 – No 203 (PDF).

  1. Journal de la Maison Notre-Dame-des-Champs, 10 février 1959, p. 288.

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