Hommage – Funérailles du Frère Rosaire Lapalme, c.s.v.

Dans Homélies, Le religieux par Bruno Hébert c.s.v. le 16/12/2016

Lectures

Première lecture (Deuxième lettre de Pierre 1, 5-11)

Apportez tous vos soins à joindre à votre foi la vertu,
à la vertu la science, à la science la tempérance,
à la tempérance la constance, à la constance la piété,
à la piété l’amour fraternel, à l’amour fraternel la charité.

En effet, si vous possédez ces vertus,
si vous les avez en abondance,
elles ne vous laisseront pas inactifs ni sans fruits
pour la connaissance de Notre Seigneur Jésus Christ.
C’est ainsi, en effet, que vous sera dispensée richement
l’entrée dans le Royaume éternel
de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ.

Deuxième lecture (Lc 9, 28-36)

Prenant avec lui Pierre, Jacques et Jean,
Jésus gravit la montagne pour prier.
Or, comme il priait, l’aspect de son visage changea,
et son vêtement devint d’une blancheur fulgurante.
Et voici que deux hommes s’entretenaient avec lui :
c’était Moïse et Élie qui, parus en gloire,
parlaient de son départ qu’il allait accomplir à Jérusalem.
Pierre et ses compagnons étaient appesantis par le sommeil.

Demeurés quand même éveillées, ils virent sa gloire
et les deux hommes qui se tenaient avec lui.
Pierre dit à Jésus : «Maître, il est heureux que nous soyons ici;
 faisons donc trois tentes; une pour toi,
une pour Moïse et une pour Élie» ;
il ne savait pas ce qu’il disait.

Tandis qu’il disait cela, advint une nuée,
et elle les prenait sous son ombre;
et ils furent saisis de peur en entrant dans la nuée.
Et une voix advint partie de la nuée, qui disait
«Celui-ci est mon Fils, l’Élu : écoutez-le ! »
Et quand la voix eut retenti, Jésus se trouva seul.

Pour eux, ils gardèrent le silence
et ne rapportèrent rien à personne,
en ces jours-là, de ce qu’ils avaient vu.

Homélie

La lecture que vous venez d’entendre (Lc 9,28-36) raconte la Transfiguration de Jésus sur le mont Thabor. C’est un épisode de l’Évangile un peu spécial, une sorte d’initiation au mystère divin, c’est un privilège, un privilège réservé à trois apôtres seulement, Pierre, Jacques et Jean.

Certes, en notre temps, que nous soyons religieux ou laïques, le Seigneur nous appelle le plus souvent à le servir au jour le jour, à petits pas, sans manifestations extraordinaires, sans “transfigurations”, mais avec persévérance.

C’est vrai qu’il existe à travers l’histoire de l’Église quelques phénomènes inouïs, miraculeux, d’un ordre approchant l’épisode de la Transfiguration. On n’a qu’à feuilleter la vie des saints, surtout s’ils sont thaumaturges, pour en voir apparaître. Il n’empêche que pour le commun des mortels dont nous sommes, il nous faut assurer notre salut avec les moyens du bord, au meilleur de notre intention, en toute fidélité.

On peut toujours garder pour soi l’enfilade des bons coups énumérés par saint Pierre dans son épître :

« Apportez tous vos soins à joindre à votre foi la vertu, à la vertu la science, à la science la tempérance, à la tempérance la constance, à la constance la piété, à la piété l’amour fraternel, à l’amour fraternel la charité. »

Frère Rosaire Lapalme, c.s.v.Notre confrère Rosaire, dont nous célébrons la mémoire présentement, a travaillé dur pour atteindre une certaine perfection, un peu sur le modèle du parcours décrit par saint Pierre dans son épître.

Rosaire avait presque terminé son “classique” quand il entra chez nous. Sa crainte de ne pas être à la hauteur fit qu’il renonça très tôt au sacerdoce. Il opta plutôt pour l’école et s’y montra un professeur attentif, compétent, mais très exigeant, ambitieux au point de se punir lui-même, quand les résultats se faisaient attendre.

Ce n’est donc pas chez lui l’idéal qui manquait – il aurait tant voulu que ses élèves réussissent – mais, malheureusement, tout cela ne venait pas. Il a dû, les vingt premières années, changer d’école à répétition, victime de sa contention, victime de son culte de la perfection.

Ç’a été au point que sa santé s’en ressentait contrariée par toutes sortes de malaises, mineurs si l’on veut, mais tout aussi agaçants les uns que les autres. Il devint, en peu d’années, par la force des choses, comme on dit chez nous,  “grand voyageur devant l’Éternel”, passant le plus souvent en coup de vent d’une école à l’autre – soit celles de Joliette, L’Épiphanie, Rawdon, Berthier, Abitibi, Côte-Nord, Roberval, Laterrière, Rigaud, sans oublier, en 1971, caressant l’espoir de devenir missionnaire, une année complète aux Gonaïves en Haïti.

D’une déception à l’autre, il se vit contraint d’emprunter à quelques reprises les voies d’évitement, s’éloignant de la classe et des jeunes qu’il aimait pourtant, pour une halte apaisante, soit comme bibliothécaire, appariteur, secrétaire, soit comme homme à tout faire. Il faut reconnaître qu’il a été en ces divers rôles d’une aide précieuse et sans tapage.

Difficile d’oublier cependant que la souffrance a été sa compagne une bonne partie de sa vie. D’un autre côté, que Dieu soit loué, il a réussi avec le temps à apprivoiser pour une bonne part sa nature tourmentée.

Les 25 dernières années de sa vie, ici même en notre maison, il a consacré son énergie à une cause noble, travailler à l’œuvre de la récupération patronnée par Denis Beaupré, au profit d’élèves moins fortunés. C’est là qu’il a pu exercer son amour du travail bien fait, en toute tranquillité, enfin heureux de s’accomplir dans le secret, sans se sentir obligé de solliciter l’approbation d’autrui. Faut dire que Rosaire attirait la taquinerie des confrères et qu’il s’en trouvait plutôt bien, je crois.

Mardi dernier, il nous quittait à 89 ans en pleine séance : de travail, sans avertir, d’une manière parfaitement conforme à son style d’homme. Retenons qu’il était beaucoup plus sensible qu’il ne paraissait, et qu’il est mort en secret, un brin d’humour sur les lèvres. Rendons grâce Dieu de nous l’avoir donné !

À peine sorti du Noviciat, titulaire d’une 2e année à l’École Saint-Pierre de Joliette, Rosaire a écrit ceci à son provincial – et c’est là-dessus que je terminerai :

« Rien de plus suave, écrit-il, que de se dépenser pour Celui qu’on aime et qui nous aime infiniment. (-) Mon idéal n’est rien d’autre que de faire la volonté de mon Supérieur, la volonté de notre bon Père du Ciel. (-) Dans ces dispositions, toute difficulté est atténuée, et chaque jour suffit sa peine. Que notre divin maître daigne toujours jeter un regard sur son humble serviteur qui s’efforce de Lui procurer sa gloire selon ses capacités ».
(Signé) Un ouvrier de la Vigne, Rosaire Lapalme.

Gloire au Seigneur pour la ferveur de Rosaire à ses 20 ans,
Gloire au Seigneur pour la force de Rosaire à ses 89 ans.

Bruno Hébert, c.s.v.
Samedi, le 9 décembre 2016

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