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La nouvelle évangélisation

Dans Mission, Revue du sanctuaire par Jacques Berthelet c.s.v. le 29/06/2014

Introduction

Dès le début de son pontificat, en Pologne et à Mexico, le Pape Jean-Paul II avait lancé l’idée d’une nouvelle évangélisation : nouvelle « dans son ardeur, dans ses méthodes, dans ses expressions ». L’idée a fait du chemin et fut proposée à l’Église universelle.

Ici, au Québec, le thème a été pris en compte dans une publication des évêques du Québec, en 1999, sous le titre « Annoncer l’Évangile dans la culture actuelle au Québec ».

Ce n’est pourtant qu’avec le Pape Benoit XVI qu’un Synode des évêques fut convoqué, cinquante ans après l’ouverture du Concile Vatican II, sur « La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne ». Après une large consultation dans les diocèses, un instrument de travail fut préparé pour faciliter les interventions et les discussions des Pères Synodaux.

À la suite des interventions des Pères et des ateliers linguistiques, un message du Synode fut publié et cinquante-huit propositions furent remises au Saint-Père (alors Benoît XVI) en vue de la rédaction de l’Exhortation apostolique.

La joie de l’Évangile

Papes François et Benoît XVIÀ la suite de la renonciation de Benoît XVI au pontificat, c’est au pape François qu’est revenue la responsabilité de recueillir tous les fruits du Synode des évêques et d’écrire l’Exhortation apostolique. Il l’a fait avec une vigueur et un souffle qui frappent immédiatement à la lecture du texte.

Le titre de son Exhortation, La joie de l’Évangile, donne le ton et la perspective de tout le document. Dans une introduction d’une quinzaine de pages où il fonde sur la Parole de Dieu, la joie d’évangéliser, il « invite à une nouvelle étape évangélisatrice marquée par cette joie et indique des voies pour la marche de l’Église dans les prochaines années ».

C’est donc tout un programme que développe le Pape François dans les cinq chapitres qui suivent :

  • la transformation missionnaire de l’Église;
  • la crise de l’engagement missionnaire;
  • l’annonce de l’Évangile;
  • la dimension sociale de l’évangélisation;
  • évangélisateurs avec esprit.

Quelques aspects de l’Exhortation apostolique

Il n’est évidemment pas possible, dans le cadre de cet article, de résumer ces quelque 200 pages de l’Exhortation. Je me contenterai d’en souligner quelques aspects, ne serait-ce que pour vous inviter à lire vous-même et à méditer ce texte si riche et si dynamisant du pape François.

La transformation missionnaire de l’Église

Le premier chapitre de l’Exhortation est une forte invitation à tous les catholiques, à tous les niveaux, d’obéir au mandat missionnaire de Jésus : « Allez, de toutes les nations faites des disciples ». Allez, sortez jusqu’aux périphéries pour que la foi se répande.  Sortir de son propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Évangile.

Annoncer l’Évangile à tous, en tous lieux, en toutes occasions, sans hésitation, sans répulsion et sans peur. L’évangélisation est nouvelle quand toutes les communautés avancent sur le chemin de la conversion pastorale et missionnaire qui ne peut laisser les choses telles qu’elles sont. Cela inclut la réforme des structures : paroisses, communautés, mouvements, diocèses, papauté, structures centrales de l’Église, conférences épiscopales…

La crise de l’engagement communautaire

Le Pape François offre ici un « discernement évangélique » des signes des temps. Il souligne quelques aspects de la réalité qui peuvent arrêter ou affaiblir les dynamiques du renouveau missionnaire de l’Église.

S’il y a des progrès énormes accomplis dans différents domaines, il y a aussi des défis gigantesques à relever et pour lesquels le Pape dit : non à une économie de l’exclusion et de la disparité sociale; non à la nouvelle idolâtrie de l’argent; non à l’argent qui gouverne au lieu de servir; non à la disparité sociale qui engendre la violence.

Les défis culturels ne sont pas moindres : ils viennent des attaques contre la liberté religieuse, des nouvelles situations de persécution des chrétiens, de l’indifférence relativiste diffuse, de la prolifération des sectes, du processus de sécularisation et de la crise culturelle profonde de la famille. D’où l’urgence d’évangéliser les cultures. Il prévient tous les agents pastoraux, clercs et laïcs – de tout repli sur eux-mêmes, de la paresse spirituelle et les engage à développer une spiritualité missionnaire.

L’annonce de l’Évangile

Nous sommes ici au cœur de l’Exhortation, de la tâche qui nous presse, de l’annonce explicite que Jésus est le Seigneur. C’est tout le Peuple qui est appelé à annoncer l’Évangile, c’est la tâche de toute l’Église, de tout le Peuple en marche. Le salut est destiné à tous, le chemin du salut se trouve dans un Peuple, l’Église. Tous y sont appelés.

Ce peuple prend le visage de tous les peuples de la terre, de chaque culture. Le don de Dieu s’incarne dans des cultures que l’Esprit féconde. Il faut croire en la force transformatrice de l’Évangile. La diversité culturelle ne menace pas l’unité de l’Église, elle en affirme la catholicité. Nous sommes tous des disciples missionnaires.

La force de l’Esprit invite les baptisés à évangéliser. Il dote la totalité des fidèles de l’instinct de la foi. En vertu du baptême, chaque membre du Peuple de Dieu est devenu disciple missionnaire. La nouvelle évangélisation doit impliquer chaque baptisé, dans la mesure où il a rencontré l’amour de Dieu en Jésus Christ.

Dans cette perspective, il ne faut pas minimiser la force de la piété populaire; il faut porter l’Évangile de personne à personne, mettre les charismes au service de la communauté évangélisatrice, s’appuyer sur une solide théologie et pénétrer tous les milieux, professionnels, scientifiques, académiques. Dans ce même chapitre, le Pape François donne une importance particulière à l’homélie, à l’approfondissement du kérygme, à l’accompagnement personnel des processus de croissance.

La dimension sociale de l’évangélisation

Le Pape François présente les répercussions communautaires et sociales du kérygme (ou contenu essentiel de la foi). Dieu ne rachète pas seulement les individus mais aussi les relations sociales entre les hommes. La proposition de l’Évangile ne consiste pas seulement en une relation avec Dieu : la proposition de l’Évangile est le royaume de Dieu; elle engage à aimer Dieu qui règne dans le monde.

Le royaume de Dieu concerne tous les hommes et tout l’homme. Nous pouvons découvrir cela dans l’enseignement de l’Église sur les questions sociales. Le Pape François insiste spécialement sur l’intégration sociale des pauvres et nous appelle à écouter avec Dieu le cri des pauvres, à la solidarité avec eux, à reconnaître la place privilégiée qu’ils doivent avoir dans le Peuple de Dieu. À cet égard, il faut évangéliser l’économie et la distribution des revenus.

La dignité de chaque personne humaine et le bien commun l’exigent. L’Évangile nous y convie quand Jésus s’identifie aux petits et aux personnes les plus fragiles. Le Pape aborde enfin l’urgence de travailler au bien commun de l’humanité et à la paix sociale et développe les principes qui doivent nous guider dans cette tâche.

Évangélisateurs en esprit

Le dernier chapitre de l’Exhortation nous convoque à être des évangélisateurs qui s’ouvrent sans crainte à l’action de l’Esprit Saint. Nous y trouvons les motivations d’une impulsion missionnaire renouvelée : en premier lieu, la prière, la rencontre personnelle avec l’amour de Jésus, le plaisir spirituel d’être membre du Peuple de Dieu, le goût spirituel d’être proche de Jésus; sentir l’action mystérieuse du Ressuscité et de son Esprit, car la résurrection n’est pas un acte du passé, elle est une force qui a pénétré le monde.

Il faut donc croire en la force de la résurrection, avoir la certitude que Dieu peut agir en toute circonstance. Et pour cela, croire à la force missionnaire de l’intercession. Voilà une forme de prière qui stimule au don de nous-mêmes et nous motive à cherche le bien des autres.

Et l’Exhortation se termine par une méditation sur Marie, mère de l’évangélisation. Avec l’Esprit Saint, il y a toujours Marie au milieu du Peuple de Dieu. Elle est le don de Jésus à son Peuple à travers l’apôtre Jean. Elle est l’étoile de la nouvelle évangélisation. Voilà pourquoi, dit le Pape François, « à la mère de l’Évangile vivant nous demandons d’intercéder pour que toute la communauté ecclésiale accueille cette invitation à une nouvelle évangélisation ».

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