Louis Veuillot 1813-1883

Source :
Courrier Querbes – Automne 2014 – X,1 (PDF).

Dans les dictionnaires encyclopédiques, l’entrée Louis Veuillot ne manque pas de mentionner que cet auteur « a exercé une influence considérable au Canada français ».

On n’a qu’à feuilleter nos anciens manuels de français pour retrouver de ses textes – Le dernier Moine de Saint-Aubin, par exemple, tel modèle épistolier ou tel portrait tiré de sa correspondance. S’il est aujourd’hui oublié en France, il y brillait de mille feux au temps du P. Querbes. Le curé de Vourles était d’ailleurs un fidèle abonné de L’Univers.

Ses origines

Louis VeuillotLouis Veuillot est né à Boynes dans le Loiret le 11 octobre 1813. Ses parents étaient pauvres. Son père gagnait sa vie en itinérance à réparer les tonneaux. Un revers de fortune força la famille à se fixer à Paris pour éviter de justesse la misère. Louis dût abandonner l’école mutuelle à 13 ans après sa première communion. Le temps était venu pour lui de gagner sa vie.

Il s’engage chez un avoué pour 20 francs par mois et le pain de chaque jour. Le hasard a voulu que son patron, frère de Casimir Delavigne, poète de renom, vive dans un environnement sympathique et hautement cultivé. Le jeune homme en profite goulûment. Il prend goût à la lecture et à l’écriture avec un penchant singulier pour la correction du français. C’est lui qui écrira un  jour : « le beau, c’est le bon sens qui parle bon français ».

Le journaliste

À 19 ans, il saute sur l’occasion qui se présente et devient journaliste à Rouen. Ce qui lui permet de gagner sa vie avec sa plume, destin fabuleux! Le public n’est pas sans se rendre compte que le jeune homme est doué d’une intelligence verbale hors du commun, au point qu’il se construit une renommée en peu de temps.

Conséquence : on ne craint pas à Périgueux de lui confier, malgré sa jeunesse, la direction du journal le Mémorial de la Dordogne. Après quelque temps, il rentre à Paris bombant le torse, plein de lui-même, et prêtant sa plume polyvalente au premier venu. Il répond au goût du requérant sans s’occuper de ce qu’il pense lui-même. Coup de butoir après coups de butoir, insatisfait de lui-même et du métier, il sombre dans la torpeur et le dégoût.

Sa conversion

Trois amis l’incitent à se retrouver en lui parlant de Dieu et de la vie de foi. Sous leur conseil, il entreprend en 1838 un voyage à Rome, ce qui devient pour lui un foudroyant chemin de Damas. Il écrira bientôt Rome et Lorette, le récit en plusieurs tableaux de sa conversion. Sous la mouvance de l’Esprit, finies les folies! il consacrera sa vie à la défense de l’Église à titre de chevalier du Saint-Père.

Le polémiste

En 1839, ragaillardi, il entre au journal L’Univers, où, mordant polémiste, il se mêle à tous les combats et, par la force de l’argumentation, intéresse un vaste public, ce qui ne manque pas d’éperonner la vente du journal. Il se distingue en particulier dans le débat sur la liberté de l’enseignement, bataille que les catholiques finiront par gagner après la révolution de 1848, grâce à l’adoption de la loi Falloux (1850), loi qui laisse une ample place à l’enseignement confessionnel au primaire comme au secondaire. Loi qui permet, en outre, aux communautés religieuses de tenir leurs écoles.

Fini le contrôle de l’Université, vive l’École libre! Veuillot aurait même voulu éliminer toute représentation universitaire au sein du nouveau grand Conseil de l’Éducation. Il lui arrivait de provoquer la division même chez les catholiques, mais il n’a jamais déroger à son engagement envers le successeur de saint Pierre.

La sainteté selon Veuillot

Louis Veuillot laissait rarement ses lecteurs indifférents, autant ses amis que ses ennemis. Même ses adversaires reconnaissaient le naturel et la force de son talent. Il pouvait faire rire, il pouvait faire pleurer, user d’humour, user d’ironie, mais il lui arrivait aussi d’être sérieux, parfois même profond. À preuve, la définition qu’il livre ici de la sainteté :

« Fiat voluntas tua, parole de saint, parole immense. Le saint se forme à ne rien vouloir que la volonté de Dieu. C’est-à-dire que, s’élevant au-dessus de toutes les vicissitudes de la vie, il les regarde de l’œil dont Dieu lui-même les regarde, insensible à la richesse, au plaisirs, aux triomphes, à la vaine gloire ; ne considérant que ce qui est éternel, ayant dès ici-bas la vie en Dieu et ses joies dans l’éternité. Insensible également à l’infortune, au malheur, aux souffrances, ou même content d’être éprouvé et de souffrir, parce que tout cela passe, et parce que tout cela le rend plus semblable à son divin modèle, le Dieu homme, et le rapproche de la récompense qui sera la société éternelle de l’homme Dieu.»

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